Il est cinq heures du matin lorsque le reveil sonne dans la petite chambre numero huit de l'hotel Zaman. Dans 25 minutes, le bus qui doit nous emmener tout au sud de la Bolivie quitte la petite ville d'Uyuni. Heureusement, la gare routiere n'est pas loin, juste en bas de notre hotel. Vers six heures, les phares d'un 4x4 apparaissent dans la nuit glaciale. Le vehicule vient se garer devant le bureau de la compagnie de bus et l'on nous prie instamment de monter a bord pendant que le chauffeur harnache nos sacs sur le toit. Nous attendions un bus, mais bon, il est tot et il fait froid, alors nous nous entassons - c'est le mot ! - a l'arriere avec nos duvets dans l'idee de finir la nuit. Nous sommes bientot dix a nous partager les deux petites banquettes laterales du 4x4, et encore, il manque du monde.

Bientot, nous filons le long de la voie de chemin de fer, tantot roulant dans le lit d'une riviere presque asseche, tantot sur une vague piste qui n'en finit pas de bosses et de nids de poules. Voila notre fin de nuit plus que compromise (!) et c'est eveilles que nous regardons l'aube se lever en atteignant la petite ville miniere d'Atocha. Deux heures, un petit dejeuner et deux Allemands plus tards, nous sommes de nouveau dans un 4x4 sur la piste menant a Topiza. La vitesse de croisiere diminue encore a fur et a mesure que nous progressons dans la montagne - l'interet du 4x4 se fait maintenant bien comprendre. C'est que nous avons oublie que seules 5% des routes boliviennes sont bitumees ! Bref, la petite ville qui sur la carte nous semblait distante de quelques dizaines de kilometres ne sera atteinte qu'en debut d'apres-midi. Nous en profitons pour faire connaissance avec nos Allemands de fortune, Daniel et Alina, qui semblent bien connaitre la region.

Les paysages traverses sont de toute beaute ; une sorte de sierra extremement montagneuse et rocailleuse sur laquelle poussent cactus geants et epineux. Au loin, des nuages de poussieres forment de mini-tornades. La piste se perd a nouveau dans le vaste lit d'une petite riviere, puis repart en lacets dans la montagne. Le chauffeur use du klaxon a repetition avant chaque virage pour signifier notre presence. La route est etroite et ne permet qu'en peu d'endroits les croisements. Un peu avant Topiza, nous retrouvons la voie ferree. Toujours la meme, construite aux normes britanniques et exploitee par le Chili pour evacuer les minerais d'or, d'argent, d'etain et de cuivre vers Antofagasta, port bolivien pris a la fin du XIXe siecle par le Chili. Les rues portent encore la memoire du fameux port qui donnait a la Bolivie une vue sur le Pacifique.

A l'arrivee, nous n'avons qu'une seule idee en tete : nous restaurer. Puisque tous les restaurants sont fermes, nous nous contenterons donc d'un petit stand tenu par une grand-mere qui propose sa cuisine pour quelques dizaines de centimes d'euros l'assiette. Apres une premiere platree de pates aromatisees a la sauce locale, Manu reclame dans un elan de courage une assiette de riz. Il voit alors la grand-mere finir sa vaisselle et lui servir a pleines poignees son assiette ! Nous epiloguons avec nos Allemands sur l'hygiene locale, et Manu et moi arrosons le tout d'un bon litre de coca-cola, ce que nos amis refusent. Bien mal leur en prendra, ceux-ci se plaindront le lendemain de maux de ventres et autres brulures d'estomac !

La route qui mene a Villazon, petite ville frontaliere de l'Argentine, suit un large canyon au fond duquel s'est developpee une agriculture vivriere. Les montagnes autour prennent des couleurs rouge, orangee et meme bleue, revelatrices de leur teneur en minerais precieux. Le bus, qui semble comme monte sur des verins hydrauliques, secoue son chargement dans tous les sens.

Dans la ville frontiere, nous observons une derniere fois le bordel a la bolivienne : les vendeurs ambulants, les rabatteurs de je-ne-sais-quelle-compagnie-de-bus, la circulation anarchique, les chiens errants, les rues jonchees de detritus et ou se nourissent les cochons, les maisons delabrees... tout ce que l'on retrouve dans les autres pays visites, mais ici en bien pire. Nous achetons nos billets en Bolivie et nous dirigeons vers le poste frontiere ; le bus nous attend de l'autre cote.

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