La journee avec deja mal commence, ou plutot semblait largement ancree dans la precedente, depuis que la nuit dans le bus avait ete un veritable enfer. On beau choisir la meilleure classe pour pouvoir dormir et imaginer ainsi economiser une nuit d'hotel, les bus peruviens ne sont decidemment pas les bus chiliens... mais Manu vous a deja raconte pourquoi.
A 5h30, nous atteignons les abords du lac Titicaca et notre destination, Puno. L'aube qui se leve fait apparaitre une jolie ville accrochee a la colline et la purete du ciel qui se devoile nous rappelle que nous sommes a plus de 3800 m d'altitude. Nos chargements respectifs harnaches sur le dos, nous partons a la recherche d'un hypothetique hotel ou finir la nuit, voire en commencer une digne de ce nom. Mais de la ville, de la region, et meme du pays, nous ne connaissons rien ; notre voyage tel qu'il etait prevu a l'origine se limitait au Chili, seul pays pour lequel nous possedons guides et cartes. Et voici d'ailleurs deux jours que j'enrage ! Ni a Calama, ni meme a Arica, nous ne sommes parvenus a mettre la main ne serait-ce que sur une vulgaire carte de l'Amerique du Sud ou de la sous-region. Alors un 'Lonely Planet', n'en parlons pas !

Mais revenons a cette fraiche matinee dans cette charmante petite ville qu'est Puno.Nous nous dirigeons instinctivement vers la 'Plaza de Armas' et sa magnifique eglise coloniale qui rappelle l'Espagne. Je laisse a Manu le soin de notre chargement, le temps d'une petite prospection pour nous denicher un hotel a notre bourse. Bien evidemment, a 6h30 du matin, tous sont encore fermes, et c'est tout penaud que je reviens sur la place principale. De loin j'appercois un Manu qui, courageusement s'est harnache tous nos sacs sur son dos ! Interieurement, je loue son courage et ne m'appercois pas qu'en realite il en manque un.
Je crois que nous ne saurons jamais comment cela s'est reellement passe, mais toujours est-il que sous le pretexte de donner a Manu la carte d'un hotel, trois individus mal intentionnes ont profite de la distraction du Bilou pour lui voler son sac. Celui precisement qui contenait, autre que son passeport et sa Carte Bleue, le materiel informatique. En quelques secondes d'inattention, nous perdons nos quelques mille photos sauvegardess sur le disque dur portatif, mais aussi les chargeurs de l'appareil photo et du portable que j'avais conserve avec moi. Bref, nous perdons San Pedro et l'Atacama, Raul et son pick-up, les lagunes et les dunes de sable, la petite oasis de Chiu-Chiu.. et c'est amers que nous nous rendons a la police municipale nourir les statistiques et regulariser la presence de manu sur le territoire peruvien. Fideles a leur reputation mondiale, ces formalites nous prendront la demi-journee.

D'humeur maussade, nous nous rendons dans un petit hotel repere le matin. Nous negocions un prix pour une chambre a la salubriete douteuse - heureusement, la litterie est bonne. Mais avant d'en profiter, un passage a la douche n'est pas un luxe pour tenter de dissoudre quatre jours de sueur et de crasse qui nous collent a la peau. J'inspecte la dite-douche : devant moi, un seul bouton a tourner ; au-dessus de ma tete une pomme de douche. En regardant mieux, j'appercois trois gros fils electriques qui courent le long du tuyau vers la pomme de la douche. Ce bricolage ne m'inspire pas confiance, mais l'operation ne pouvant attendre une journne de plus, je prends mon courage a deux mains et tourne le robinet. Je sens un faible filet d'eau chaude sur mes epaules, mais en aucun cas la superbe douche chaude que le proprietaire nous avait vendue ! Pensant a mon mauvais reglage, je tente de tourmer la partie mobile de la pomme et recois pour toute reponse un sacre cours-jus. Je me lave en vitesse et cours me rhabiller, la douche du siecle attendra !