Jusque la fideles a notre idee de depart (voir post Valparaiso), notre devolu s'etait d'abord jete sur une antique Chevrolet Nova de 1977, stylee vieille americaine, reperee sur un parking de Calama. Mais son proprietaire nous demande plus de dix fois le prix propose, et Rosalio et Marcello qui supervisent la negociation achevent de nous remettre les pieds sur terre : jamais nous ne trouverons de voiture a moins de 100 euros ! Du moins au Chili... la porte reste donc ouverte pour la suite de l'aventure. Mais c'est comme cela que de fil en aiguille nos hotes appellent leurs amis a la recherche d'une voiture de location. Marcello, un ami entrepreneur en a bien une, mais il faut encore la faire assurer parce qu'elle est toute neuve. Nous l'avons essayee la veille, et franchement, c'est pas la gloire comme voiture - Manu et moi lui preferons encore nos vieilles AX - mais bon on va pas faire les difficiles, d'autant que le prix est moitie moins cher que chez Hertz.

Ce 22 aout a 19h, nous prenons donc possessions de notre nouveau moyen de locomotion. La Fiat Uno argentee 1,3L affiche fierement ses 9000 km au compteur, et Manu et moi entreprenons un chargement methodique. Pour pouvoir franchir la frontiere du Perou et de la Bolivie (mais pas de l'Argentine, mystere des assurances chiliennes), Marcello l'a fait assurer tous risques et fait etablir un acte notarie stipulant la voiture notre pour une dizaine de jours. Il est 20h30 lorsque nous quittons le doñicile de Marcello et Rosalio ou nous avons nos habitudes depuis trois jours. L'objectif de la nuit est d'atteindre Iquique avant le lever du jour et de passer le reste de la nuit dans un petit Parc Naturel repere sur la carte. L'ensemble de ce premier trajet represente 400 km dont 300 de Panamericaine rectiligne. Seuls les 100 premiers kilometres sont constitues d'une petite route qui serpente dans les montagnes derriere Chuqui. Mais bon, aucune raison qu'il y ait un probleme !

Circuler en voiture au Chili ne presente pas vraiment de difficultes pourvu que l'on aie une voiture robute avec un grand reservoir pour avaler les longues distances. Le reseau routier du pays s'architecture autour de la fameuse et mythique Panamericaine, ce qui tend a donner aux axes de communication la direction nord-sud ou est-ouest. Dans l'Atacama, les routes sont rares, mais larges et generalement en bon etat. Sur tout leur long s'egrenent de petites croix fleuries, parfois de veritables mausolees avec leurs braseros qui brillent dans la nuit, rappelant qu'au Chili, pas plus qu'ailleurs, la route ne fait pas de cadeaux. Dans les villes, une autre particularite des routes chiliennes est le tres grand nombre de rues a sens unique. Mais pas de panneaux comme en Europe pour le signifier ; seule une petite fleche aux cotes du nom de la dite-rue permet de determiner le sens normal de marche. A Chuqui comme a Calama, plus d'une fois nous nous sommes faits pieger ! Bien heureusement, les gendarmes se font rares, voire tres rares - pour tout dire, nous n'en avons pas encore vus a Calama !

Mais revenons a notre periple en voiture, qui nous donne comme l'iñpression de retrouver notre liberte ; apres avoir fait le plein, il est 21h lorsque nous empruntons la petite route encaissee et serpentueuse qui part dans la montagne au nord-ouest de Chuquicamata. J'accelere un peu. L'idee etant que la voiture montre un peu de quoi elle est capable, parce que jusque la, elle ne nous a pas franchement epatee ! Elle a beau etre flambant neuve, avoir un moteur autrement plus silencieux que nos voitures, Manu et moi en venons presque a regretter nos AX respectives. Pour monter les cotes, il faut retrograder parfois jusqu'en troisieme, alors que nous ne sommes que deux et pas vraiment charges ! Dans la lumiere des phares, la route se dessine en virages parfois surprenants. A l'entree de l'un d'eux, je sens la vitesse un peu elevee pour apprehender le virage et decide de ralentir un peu pour mieux pouvoir accelerer dans la courbe. Mais au lieu du ralentissement attendu, les roues se bloquent et la voiture file droit comme une fleche, faisant fi de la direction donnee par les roues. En cet endroit, la route est surelevee d'un bon metres par rapport aux bas-cotes qui bordent les flancs abrupts de la montagne. Inevitablement, c'est la que la voiture et ses occupants finissent leur course apres avoir devalle les contreforts de la route. Heureusement, le vehicule s'immobilise rapidement et nous evite la paroi a quelques metres. Bilan du vol plane, nous on a rien, mais il n'est pas certain que l'on puisse en dire de meme pour la voiture. On se regarde un peu embete. Manu se devoue et ouvre sa porte - a sa mine, je crains le pire.
Sortis de notre torpeur, c'est a la torche que nous inspectons meticuleusement la voiture. Il semble que l'essentiel des degats se soit concentre autour de la roue avant-droite : la jante est mechamment pliee et le pneumatique neuf est a plat. Mais plus serieusement, la roue semble comme deplacee vers l'arriere, venant presque lecher la carosserie, et il semble que l'etat de la direction y soit pour quelque chose... Apres le changement de roue, les essais mecaniques. Le moteur va bien, mais le volant doit prendre une tres etrange direction pour pouvoir rouler droit. Rouler, c'est d'ailleurs ce dont nous avons besoin pour reflechir a la suite a donner aux evenements, d'autant que pour Marcello, nous n'etions censes partir que le lendemain a l'aube.
Nous continuons donc notre route, mais a une allure autrement plus moderee. Au croisement avec la Panamericaine, j'ai un pincement au coeur lorsque je nous vois continuer tout droit vers le Pacifique et la petite ville cotiere de Tocopilla. La discussion s'oriente sur la maniere de presenter les choses a Marcello - car dans ces cas, tout est toujours affaire de presentation ! Je me rememore l'accident stupide de mon cousin Philippe cause par un chat qui traversait sans regarder. Et un peu avant Tocopilla, nous reperons l'endroit ; un chien aurait ainsi betement croise notre route alors que nous roulions a 60 km/h, et pour l'eviter, un coup de volant nous a fait foncer dans un trottoir particulierment haut a cet endroit. Fiers de notre trouvaille - mais pas de notre mesaventure qui va nous couter notre semaine de liberte sur les routes d'Amerique du sud - nous nous endormons dans la voiture aux abords d'une petite route qui surplombe magnifiquement la mer.